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Weekly Worker Supplément en français 8 mai 2008 Souscrivez à le Weekly Worker

Pour un Parti communiste de l’UE

Jack Conrad propose une politique ouvrière indépendante pour l’Europe

Fighting fund
Supplémentaire

Ce week-end les camarades du CPGB seront à Paris pour le fête de Lutte Ouvrière. Et nous avons produit un supplément spécial du Weekly Worker en français pour l'occasion (qui peut être téléchargée de notre site Web). Nous voudrions remercier des camarades en France - en particulier JME et FO - de tous leur encouragement et aide, non moindre la traduction et le travail d'imperméabilisation.

Notre supplément français est un bon exemple du genre de possibilités qui sont ouvertes de nous enfin, grâce à l'aide financière supplémentaire que nous obtenons maintenant de nos lecteurs. En grande partie ceci a pris la forme de paiements d'ordre permanent, qui jusqu'ici se sont élevés à un €655 additionnel par mois.

C'est cette garantie du revenu régulier qui nous permet de planifier pour l'avenir, incluant pour des événements spéciaux comme le fête de LO. Mais, bien que le nouveau revenu assortisse maintenant la dépense supplémentaire nous avons encouru pour l'impression le papier commercialement chaque semaine, nous avons la marge de sécurité très petite pour des entreprises telles que le supplément spécial de cette semaine. C'est pourquoi nous continuons notre appel, quoique nous ayons déjà atteint notre cible €625 originale.

Veuillez ainsi, des camarades, si vous n'avez pas encore contribué, envisagent de faire ainsi le straightaway. Et, naturellement, les contributions uniques sont également bienvenues - comme le billet de cinq livres du camarade NOTA: cette semaine. Il était l'un de 33.925 lecteurs en ligne au cours des sept derniers jours, desoù 1.682 ont téléchargé le papier de la semaine dernière.

Nous commençons les fonds de mai avec £526 (une figure qui inclut ceux a garanti le SOS) vers notre cible mensuelle de fonds du combat €1.250.

Robbie Rix

Cliquez sur ici pour télécharger une forme d'ordre permanent - le revenu régulier est détail important afin de planifier pour l'avenir. Même €6/mois peut aider !
Send cheques, payable to Weekly Worker, BCM Box 928, London WC1N 3XX
Donnez en ligne :

Pour la politique de l’establishment britannique, l’Union européenne représente une ligne de faille fondamentale. Cela n’a rien de surprenant. L’UE est un super état en gestation dans l’ensemble de l’Europe. Les identités, les symboles et les intérêts nationaux de longue date sont en train de se détruire, ou leur valeur d’usage sont sur le déclin et sont donc en crise.

L’intégration européenne a progressé qualitativement depuis que la Belgique, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Luxemburg et les Pays-Bas ont signé le traité de Rome en 1957. L’union douanière - enfant de la guerre froide - est devenue un géant unique qui embrasse 493 millions de personnes et 27 pays ( il y a aussi trois pays candidats ) dans le libre-échange et la libre circulation de la main-d’oeuvre. En ce qui concerne l’économie, l’UE contient le marché intérieur le plus grand du monde. Son PNB total vaut à peu près $16 trillions, contre $13 trillions pour les USA et $4 trillions pour le Japon.

Cependant, en ce qui concerne la politique, l’UE ressemble à l’empire délabré de l’Autriche-Hongrie qui enjambait l’Europe centrale du 19e siècle. L’UE est un amalgame d’états dont le développement est très inégal. Mais la direction est claire: vers l’élargissement continu, sous forme de l’entrée d’autres pays est-européens et de la Turquie. Vers l’approfondissement, sous forme des institutions politico-légales. L’UE a un conseil de ministres, la commission européenne, un parlement élu et un système judiciaire européen.

Derrière l’intégration il y a un passé trempé de sang. Deux fois au 20e siècle l’Europe s’est située dans l’oeil de la tempête de la guerre mondiale. L’Europe a été dévastée, épuisée et fortement amoindrie. La Première Guerre mondiale a témoigné de l’écroulement des autocraties russe, allemande et austro-hongroise. Le centre principal de l’activité économique mondiale s’est déplacé à travers l’Atlantique.

Vingt-cinq ans plus tard, selon les termes de l’accord de Yalta, la moitié du continent s’est incorporée dans la sphère d’influence de l’Union soviétique et, grâce à la révolution bureaucratique, « soviétisée ». Quant à l’Europe de l’ouest, elle était dépouillée des gloires - et du butin - d’empire. Elle était obligée de dépendre d’une façon humiliante de l’écran nucléaire américain pour contrer la menace très exagérée au delà du rideau de fer. La nécessité d’éviter encore un conflit intestin, et de créer un rempart contre le socialisme bureaucratique, a poussé les états d’Europe de l’ouest - en particulier l’Allemagne fédérale et la France - vers un compromis historique.

Pourtant il y a encore un facteur plus important : la rivalité inter-impérialiste. L’Europe doit être à la hauteur de la concurrence avec les États-Unis et le Japon. Ceux-ci ont des marchés plus petits. Néanmoins, grâce à une nationalité historiquement constituée et un territoire économiquement centralisé, ils ont le bonheur d’avoir une classe ouvrière unique et une élite politique et commerciale unique.

Comme toutes les marchandises, la force de travail se déplace facilement - et par conséquent se vend ou s’achète partout aux États-Unis ou au Japon. Non seulement l’histoire, mais aussi la culture divise l’Europe. Les marchandises circulent librement - mais non pas cette marchandise spéciale qui est la force de travail.

La langue est un obstacle matériel, sauf pour ceux qui ont eu l’enseigne-ment supérieur. Une élite politique et commerciale qui est multinationale et donc fragmentée représente un autre désavantage pour l’Europe. Pour faire concurrence avec succès l’UE doit au minimum forger un super état fédéral, à partir de quoi ses entreprises transnationales radicalement ré-organisées pourraient se gaver à chaque coin de la planète. La survie exige l’intégration politique et de surmonter la division historique de l’Europe en capitaux nationaux antagoniques.

La gauche

Si la classe dirigeante a été tenaillée par les divisions et les attitudes de clocher, les factions et les sectes de la gauche, surtout en Grande-Bretagne, se sont avérées complètement incapables d’offrir une solution sérieuse de classe ouvrière - loin de là.

La gauche réformiste et socialiste nationale tient des positions les plus rétrogrades et chauvines envers l’UE. Elle reconnaît instinctivement que l’intégration européenne ridiculise son « voie britannique au socialisme » utopique. En ce qui concerne la rhétorique et le programme immédiat, ce qui reste des travaillistes de gauche et les « communistes officiels » sont pratiquement impossibles à distinguer des torys et du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni ( UKIP ).

Chacun veut sauver la livre sterling et restaurer la souveraineté britannique. Naturellement, pour eux tout cela se fait au nom du socialisme - mais c’est le socialisme des fous criminels. Le meilleur que ces « libérateurs » atteindraient en réalité est une version britannique du stalinisme, du kim-il-sungisme ou du pol-potisme : à savoir l’esclavage d’état - imposé en plus à un pays capitaliste avancé, qui est tout à fait intégré dans l’économie mondiale. Ce qui a coûté les vies de millions se répéterait inévitablement à beaucoup de reprises comme tragédie encore plus grande.

Le socialisme prolétarien - la première phase du communisme - est international ou bien il n’est rien. Le socialisme dans un seul pays est impossible, parce que le capital, une relation sociale d’exploitation, est situé non pas à l’intérieur d’un état national unique, mais sur le plan international, dans le domaine de l’économie globale. Le socialisme bureaucratique ou national ne rapporterait que toute la merde ancienne, bien que sous des formes différentes. C’est pourquoi, il y a aussi longtemps qu’en 1845, Marx et Engels ont rejeté avec emphase tout projet localiste et, au contraire, ont insisté: « Empiriquement le communisme n’est possible que comme un acte des peuples dominants ‘tout à la fois’ et simultanément. »

Peter Taaffe, qui se proclame le gourou du Parti socialiste en Angleterre et au Pays de Galles, s’est montré complètement à court sur le plan théorique, quand il s’agit de l’UE. Ils ont joué leur réputation comme prophètes sur la prévision « marxiste » que l’intégration européenne et l’euro étaient impossibles ... comme la chute de l’Union soviétique. Une telle bêtise dit tout à leur égard comme des charlatans bureaucratiques, mais rien du tout à l’égard du marxisme.

La dite Quatrième Internationale, et sa section britannique, l’International Socialist Group (ISG), a adopté une position « marxiste » plus sophistiquée. Malheureusement, la revendication du SO pour un retrait britannique de l’UE se fait l’écho du socialisme national des travaillistes de gauche et des « communistes officiels ». Pourtant, le socialisme national de l’ISG, parce qu’on le propose sincèrement, est encore plus insidieux et dangereux.

Écrivant la brochure Even more unemployment: the case against Emu il ya a dix ans, Alan Thornett, le leader de l’ISG, déclare : « Nous soutenons la dissolution de l’UE ou le retrait britannique. L’UE est un club capitaliste conçu pour faire restructurer et concentrer le capital à l’avantage du patronat. Mais nous ne visons pas une Grande-Bretagne capitaliste à l’extérieur de l’Europe. Nous voulons qu’une Grande-Bretagne socialiste fasse partie d’une Europe socialiste » ( p11 ).

On voit que l’internationalisme du camarade Thornett est bien superficiel, si on applique sa critique à la Grande-Bretagne elle-même. Elle est sûrement un « club capitaliste conçu pour faire restructurer et concentrer le capital à l’avantage du patronat ». Est-ce qu’on demande alors la « dissolution » de la Grande-Bretagne, comme exigent les nationalistes gallois et écossais, ou même un « retrait » ouvrier?

Chose intéressante, avant la révolution d’octobre de 1917 Lénine et les bolcheviks furent confrontés à des manifestations analogues de socialisme national. L’empire tsariste était un vaste prison de nombreuses nations. Néanmoins, tout en luttant pour le droit à l’autodétermination de ses nations, jusqu’à la sécession incluse, les bolcheviks avançaient une stratégie primordiale de cimenter l’unité ouvrière la plus élevée, la plus étendue, à travers l’empire tsariste - afin de renverser l’empire tsariste.

Malgré lui, le camarade Thornett se place en dehors de la tradition communiste internationale, une tradition représentée par ses prétendus mentors, Marx, Engels, Lénine et Trotsky. Bien que ce soit peu flatteur, le camarade Thornett est au même bord que Joseph Pilsudski et son Parti socialiste polonnais ( PSP ). Formé en 1892, il a adopté un programme socialiste national pour la reconstitution d’une Pologne indépendante sur le territoire occupé des empires allemande, austro-hongroise et russe ( qui l’avaient pratiquement dé-membrée et divisée entre eux au congrès de Vienne de 1815 ). Rosa Luxemburg et Julien Marchleweski ont fait scission du PSP en 1893 contre cette perspective. Les conditions objectives, ont-ils dit avec raison, exigeaient l’unité des travailleurs - russes, polonais, ukrainiens, géorgiens, etc - contre l’empire tsariste.

Pour défendre le passé - en particulier l’état providence et les gains sociaux-démocrates obtenus depuis la Seconde Guerre mondiale - le camarade Thornett présente un programme qui, au mieux, rendrait moins solide l’UE. Toutefois, il rendrait également moins solide le mouvement ouvrier européen, si ses détachements les plus forts obligeaient leurs capitalistes d’adopter une politique de retrait - un chemin qui mènerait non pas au paradis socialiste national, mais à l’enfer d’exploitation nationale augmentée et en fin de compte à la contre-révolution.

La politique communiste ne vise pas à regarder d’une façon nostalgique en arrière et à se souvenir d’un passé anti-ouvrier ( l’état providence ). Notre programme insiste sur les avantages positifs pour l’organisation ouvrière des états les plus grands, les plus démocratiques, les plus centralisés - pour mieux renverser la classe dirigeante et se mettre en marche en avant vers le communisme. La classe ouvrière ne connaîtra que des défaites cruelles l’une après l’autre si elle s’en tient à une politique défensive. Par conséquent les communistes soulèvent la perspective d’une politique offensive. D’où notre maxime : dans la mesure où l’UE se transforme en super état, la section avancée de la classe ouvrière doit s’organiser dans un parti révolutionnaire unique pour le renverser. C’est-à-dire, un Parti communiste de l’UE.

L’UE est sans doute une institution anti-ouvrière réactionnaire. Entre marxistes on n’a point de besoin de le prouver avec les statistiques au sujet des limites de budget ou des réductions d’aide sociale. Toute la question est de décider notre ligne. Le Parti communiste de Grande Bretagne ( CPGB ) est partisan de la démocratie conséquente sous le capitalisme.

Pour être concret, cela veut dire lutter pour la démocratie maximum dans l’UE : par exemple, l’abolition du conseil de ministres et des commissaires non-élus, une assemblée constituante, une milice armée ouvrière et l’égalité substantielle pour tous les citoyens. Sans cette façon d’aborder le sujet, parler du socialisme en Grande-Bretagne ou d’une Europe socialiste n’est que des bavardages économistes en l’air.

Marx et Engels

Notre façon d’aborder le problème est de souligner l’indépendance ouvrière et la lutte pour l’avenir. Nous apprenons les leçons utiles de ce que Marx et Engels ont écrit de leur temps au sujet du combat entre le libre-échange et le protectionnisme. Au mois de juin 1847 Engels a écrit au Deutscher Brusseler Zeitung que, malgré les intentions subjectives de la bourgeoisie, le libre-échange a tendance à préparer le terrain pour la « dernière bataille décisive » entre la bourgeoisie et le prolétariat.

Un peu plus tard Marx a reçu une demande de s’adresser au congrès de libre-échange à Bruxelles. Dans son discours ( non-prononcé ) il a fait la remarque suivante bien assénée ( Engels, le correspondant allemand du journal britannique The Northern Star, a fait un reportage sur l’allocution ):

« Nous sommes pour le libre-échange, parce que dans cette manière les contradictions étonnantes de tous les lois économiques se produiront sur une échelle plus grande, à travers un territoire plus large, à travers le territoire du monde entier; et grâce au rassemblement de toutes ces contradictions ... se produira la lutte même qui fera arriver l’émancipation des prolétaires. »

Marx a mis en avant le même message devant une assemblée publique de l’Association démocratique de Bruxelles en janvier 1848. Après avoir attaqué l’hypo-crisie des partisans britanniques du libre-échange, il a conclu de cette manière:

« … en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l’extrême l’antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat.

« En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C’est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange » ( K Marx Discours sur le libre-échange ).

De même, on peut conclure qu’au sens objectif l’intégration européenne unit la classe ouvrière sur une échelle plus grande et à travers un territoire immense. Donc elle prépare « la lutte même qui fera arriver l’émancipation des prolétaires ». C’est seulement dans ce sens révolutionnaire que nous, le CPGB, votons en faveur de l’UE.

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